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GERMINAL – Film de Claude BERRY avec Renaud, Gérard Depardieu, Miou-Miou (1993)
Germinal est le treizième roman de la série des Rougon-Macquart. Il fut publié en 1885.

Ce roman de Emile Zola évoque les luttes sociales de la fin du second Empire auxquelles s’ajoutent les événements de 1880 et 1884 (révoltes des mineurs).
Pour que son ouvrage décrive de la façon la plus réaliste la mine, Émile Zola est allé descendre dans la fosse Renard de la Compagnie des mines d’Anzin à Denain, dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.
Synopsis
Réalisation : Claude Berri 1993 Scénario : Claude Berri et Arlette Langmann, d’après le roman d’Émile Zola
Un lundi de février 1865, vers trois heures du matin
Le roman débute par l’arrivée d’un homme, en pleine nuit, à la fosse du Voreux dans le Nord de la France.
Cet homme n’est autre qu‘Etienne Lantier, fils de Gervaise Macquart ( L‘Assommoir), f rère de Claude (L’Oeuvre), de Jacques (La Bête Humaine) et de Nana (Nana).
Il arrive de Marchiennes, et chômeur, il cherche ardemment du travail. C’est Bonnemort, un charretier de 58 ans, qui l’accueille, et lui annonce qu’il n’y a pas de travail pour un “machineur”.
Etienne engage toutefois la conversation en s’informant sur le Voreux.
Il se rend à la mine « Le Voreux » .

Après la mort d’une mineuse du nom de Fleurance, il y est engagé.
Il parvient à se faire embaucher aux mines de Montsou où il découvre des conditions de travail et de vie effroyables …
Y compris pour les jeunes enfants qui travaillent aussi à la mine…

Il est envoyé dans un petit groupe dirigé par Toussaint Maheu, qui deviendra très vite son ami.

La famille Maheu compte dix personnes : Maheu, mineur, son vieux père, travaillant également à la mine, sa femme, la Maheude, et leurs enfants.
Zacharie, Catherine et Jeanlin, les ainés, travaillent aussi à la mine ; Alezire, bossue, garde le lit ; Léonore, Henri et le petit dernier sont trop petits pour encore travailler.

Logé par le cabaretier du village, Rasseneur, Étienne se plonge rapidement dans les discussions politiques concernant le travail dans la mine.

Rasseneur, d’opinion socialiste, et Souvarine, anarchiste, s’opposent dans leur vision des actions à mener pour faire comprendre à la direction les conditions de travail de plus en plus dures et inhumaines des mineurs.
Étienne, même s’il comprend les visions de Rasseneur, préfère monter auprès de ses camarades une caisse de prévoyance, qui servirait en cas de grève.

Les familles des mineurs sont déjà toutes fortement endettées auprès de l’épicier du coin, Maigrat qui profite de leur pauvreté …
Lorsque la direction du Voreux arguant de la crise économique, décrète une baisse de salaire, Etienne pousse les mineurs à se mettent en grève, après avoir néanmoins tenté de raisonner Monsieur Hennebeau, le patron, qui ne veut rien savoir …

Il parvient à vaincre la résignation des mineurs et à leur faire partager son rêve d’une société plus juste et plus égalitaire.
Lorsque la grève éclate, la Compagnie des Mines adopte une position très dure et refuse toute négociation.
Affamés par des semaines de lutte, les mineurs durcissent alors le mouvement.

Au bout d’un mois, la grève dure toujours au Voreux.

Les soldats sont sommés de rétablir l’ordre à tout prix, mais la grève continue.
Lors d’un mouvement de rébellion, les soldats ouvrent le feu sur les mineurs, et Maheu, l’ouvrier chez qui Étienne avait pris pension, est abattu comme un chien.
Les mineurs se résignent alors à reprendre le travail.
C’est alors que Souvarine, un ouvrier anarchiste, sabote la mine.
Des mineurs meurent dans la mine.

Étienne, Catherine et Chaval son amant, sont bloqués dans la mine.
Jaloux d’Etienne, Chaval provoque Étienne qui le tue.
Il deviendra l’amant de Catherine dont il est amoureux depuis le premier jour. Celle ci lui avouera son amour, mais mourra dans ses bras avant l’arrivée des sauveteurs.

Étienne sortira heureusement vivant de cet enfer et finira par repartir du Voreux.
Il se rendra une dernière fois à l’entrée de la mine, pour dire au revoir à ses camarades.
Il croisera la Maheude, qui retourne au fond de la mine.
Elle lui apprend que la pension d’ancien mineur du vieux père Maheu a été annulée.
Elle prévoit que, bientôt, ses trois derniers jeunes enfants rejoindront les rangs des mineurs, comme elle et Jeanlin.
Étienne quitte le Voreux, espérant de tout son coeur, que son combat n’aura pas été complètement vain.

Un jour, il l’espère, les ouvriers vaincront l’injustice…
Explication du titre
Germinal est un mois du calendrier républicain, il correspond au début du printemps et donc à la renaissance du monde, on peut donc y voir que Zola souhaite nous dépeindre le printemps de l’égalité ouvrière, pour rallier à cette thèse la dernière phrase montre la germination des ouvriers qui ont désormais compris comment se révolter face à leurs conditions de vie si misérables.

Ce mois, premier du printemps, époque de naissance, de renaissance, des bourgeons et autres jeunes feuilles, peut inviter à penser que ce livre retrace l’histoire des prémices de la révolution (c’est d’ailleurs pourquoi Zola a pris le nom d’un mois révolutionnaire, Germinal, et pas Février ou Mars) comme le mois de Germinal retrace les prémices de l’apparition de la nature.
Dans l’épilogue de Germinal, Zola fait fusionner les mineurs avec les végétaux qui sortent de terre et bourgeonnent.
La germination des plantes devient alors la métaphore de la révolte ouvrière.

L’excipit et l’incipit du roman d’Emile Zola, Germinal constituent une épanadiplose : le même personnage marche seul sur la même route.
Dans la première page il arrive accablé dans la nuit froide au pays minier :
« Une seule idée occupait sa tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte, l’espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. »
et dans la dernière il quitte Montsou mais sous le soleil et dans l’espérance
« Pénétré de cet espoir, Étienne ralentit sa marche, les yeux perdus à droite et à gauche, dans cette gaieté de la nouvelle saison. »
DISTRIBUTION
Miou-Miou : La Maheude
Renaud : Étienne Lantier

Gérard Depardieu : Toussaint Maheu
Jean Carmet : Vincent Maheu dit Bonnemort
Judith Henry : Catherine Maheu
Jean-Roger Milo : Antoine Chaval
Laurent Terzieff : Souvarine
Bernard Fresson : Victor Deneulin
Jean-Pierre Bisson : Rasseneur
Jacques Dacqmine : Philippe Hennebeau
Anny Duperey : Madame Hennebeau

Roman de la “lutte des classes”, Germinal, en ayant soulevé des thèmes sensibles, comme la “question sociale“, est devenu le symbole du roman politique dans la littérature française.
Puissant, poignant, émouvant… Germinal a marqué des générations de lecteurs et de militants.
De plus, grâce à sa véracité (Emile Zola s’est documenté dans les mines), il se veut également être un document important sur les rebellions des ouvriers, et la naissance du syndicalisme en France.
UN SINGE EN HIVER de Henri VERNEUIL (1962) avec Jean GABIN et Jean-Paul BELMONDO (dialogues de Michel AUDIARD)
‘Un singe en hiver’ est un film français réalisé en 1962 par Henri Verneuil, d’après le roman éponyme ‘Un singe en hiver’ (1959) d’Antoine Blondin avec Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin sur des dialogues de Michel Audiard.

L’histoire
En juin 1944, Albert Quentin, (Jean GABIN) ancien fusilier-marin en Chine, tient, avec sa femme Suzanne, (Suzanne FLON) rencontrée à La Bourboule, l’hôtel Stella dans le village de Tigreville, sur la côte normande aux environs de Deauville.

Il se laisse souvent aller à trop boire, ce qui le porte trop à la nostalgie de son service militaire en Chine.

Lors d’un bombardement en juin 1944, il promet à Suzanne de ne plus boire si l’hôtel échappe à la destruction …
L’hotel sera épargné : Promesse tenue : Il ne touchera donc plus une goutte d’alcool.
Quinze ans plus tard, débarque dans le village, Gabriel Fouquet (Jean -Paul BELMONDO) , publicitaire.

Il boit pour effacer l’échec de sa vie sentimentale avec Claire qui vit à Madrid, et il rêve de tauromachie.
Il vient chercher sa fille Marie pensionnaire à Tigreville, dont Mme Victoria, la directrice pourtant française ne parle qu’en anglais.

Il va, par hasard, croiser la route d’Albert Quentin et tous deux vont connaitre ensemble deux jours d’évasion grâce à l’ivresse …

Pour Suzanne la présence de Gabriel Fouquet à Tigreville pose problème.

Alors que son mari Albert a cessé de boire depuis la fin de la dernière guerre, elle redoute une rechute.
C’est évidemment ce qui arrivera, mais, les deux hommes, qui n’ont pas « le vin petit ni la cuite mesquine » vont bouleverser les habitudes de la petite ville et passer un moment magique qui les emportera moralement, l’un en Espagne, et l’autre en Chine …

Ce sera (entre autre) l’occasion d’un duo ‘a cappella’ sur la fameuse chanson
’Nuits de Chine’. (ci dessous)
L’apothéose de cette soûlographie sera atteinte avec un feu d’artifice
« dantesque » sur la plage de Normandie …
Puis, après cette parenhèse de folie heureuse, chacun retournera sagement à sa vie d’avant …

Mais l’un aura récupéré sa petite fille en cessant ainsi d’être
”un petit singe perdu en hiver”
tandis que l’autre restera “seul” …
“Et le vieil homme entra dans un long hiver”…
Point final du film qui vous tord les tripes, il faut dire que ce qui précède nous y avait préparé.

DECRYPTAGE
Un Singe En Hiver, adaptation d’un roman d’Antoine Blondin, est un des classiques du cinéma français.
Réalisé par Henri Verneuil, dialoguisé par l’immense Michel Audiard, le film est interprété à la perfection par Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo (avec aussi Suzanne Flon, Noël Roquevert, Paul Frankeur, Hella Pietri et Gabrielle Dorziat).
Tourné en noir & blanc, en Normandie (Villerville, Deauville), le film est une comédie dramatique à la fois drôle (les scènes de cuite, énormes) et émouvante.
Un film dans lequel le spectre de la guerre est très présent, le personnage joué par Gabin prenant un malin plaisir à raconter ses souvenirs d’Indochine quand il en a “un p’tit coup dans l’aile” !
Le titre du film, assez énigmatique, est expliqué par Gabin dans le film quand il raconte à Belmondo, l’invasion dans les villes par des petits singes perdus, durant les rudes hivers de Chine, et qui une fois le printemps revenu, regagnent les campagnes …
Des petits singes perdus dans l’hiver, tout comme Belmondo …
Mais ce n’est pas que ça, c’est aussi une belle histoire d’amitié.
Un Singe En Hiver, magnifiquement interprété et réalisé, doté de dialogues immenses d‘Audiard, est un film à la fois hilarant et touchant.
Bébel et Gabin, qui tournèrent ensemble pour la seule et unique fois, sont prodigieux.
En un mot comme en mille, voici un vrai chef d’oeuvre du cinéma français.
A voir absolument.
Quelques dialogues “CULTES”
- Ah! Nous y voilà. Ma bonne Suzanne tu viens de commettre ton premier faux pas. Y’a des femmes qui révèlent à leur mari toute une vie d’infidélité, mais toi, tu viens de m’avouer quinze années de soupçon. C’est pire.
J.Gabin
-Ton client là, Fouquet. Ton espagnol. Douze verres cassés ça te dis rien?
- Monsieur. Primo, voila quinze ans que je vous interdis de me parler. deuxio, si vous ne vouliez pas qu’il boive, c’est simple, vous n’aviez qu’a pas le servir.
- Alors là monsieur, je vous retorque que, primo, je l’ai viré. deuxio, les ivrognes y’en a assez dans le pays sans que vous les fassiez venir de Paris.
- Un ivrogne?
- Ah ben oui ! Un peu ! Même le père Bardasse qui boit quatorze pastis par jour n’en revenait pas !
- Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon espagnol, comme tu dis, et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les bois-sans-soif.
- Les grands ducs?!
- Oui monsieur, les princes de la cuite, les seigneurs, ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qu’on toujours fait verre à part. Dis-toi bien que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs. Ils sont à cent mille verres de vous. Eux, ils tutoient les anges !
- Excuse-moi mais nous autres, on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père.
- Mais c’est bien ce que je vous reproche. Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond vous méritez pas de boire. Tu t’demandes pourquoi y picole l’espagnol ? C’est pour essayer d’oublier des pignoufs comme vous. J.Gabin/P.Frankeur
- Écoute ma bonne Suzanne. Tu es une épouse modèle.
- Oh…
- Mais si, t’as que des qualités et physiquement, t’es restée comme je pouvais l’espérer. C’est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois, même si c’était à refaire, je crois que je t’épouserai de nouveau. Mais tu m’emmerdes.
- Albert!
- Tu m’emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour mais tu m’emmerdes.
J.Gabin/S.Flon
- Que ce soit la révolution ou la paëlla, dis-toi bien que rien de ce qui est espagnol n’est simple.
J.P.Belmondo
- Si la connerie n’est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille.
J.P.Belmondo
- Une paella sans coquillages, c’est un gigot sans ail, un escroc sans rosette. J.P.Belmondo
- Le Yang Tsé Kiang n’est pas un fleuve,… C’est une avenue… Une avenue de 5000 kilomètres qui dégringole du Tibet et qui s’arrête à la mer Jaune… A gauche et à droite des jonques, des sampans… Au milieu, en plein courant, des tourbillons d’îles flottantes… Des orchidées hautes comme des arbres et des troupeaux de buffles… Des millions de mêtres en cubes d’or, de fleurs et de limon qui descendent vers Nankin, au milieu des pagodes et des ville en bois… Des villes pontons où tout est à vendre: l’alcool, le poisson cru, les putains, l’opium…
J.Gabin
- Y’a pas de bonnes habitudes. L’habitude, c’est une façon de mourir sur place.
- Mourir saoûl, c’est mourir debout.
J.Gabin
EDWARD AUX MAINS D’ARGENT (Edward Scissorhands) de Tim BURTON avec Johnny DEPP (1990)
Ce film étant MON film préféré parmi toutes les oeuvres cinématographiques existantes,
il m’est assez difficile d’en parler “Objectivement” comme je fais pour tous les autres …
Je vais néanmoins essayer

Tim Burton utilise dès l’ouverture le logo de la 20th Century Fox, en ajoutant de la neige et des chœurs de Noël.
Une grand-mère (Winona Ryder) raconte à sa petite fille une histoire (SON HISTOIRE) pour l’endormir.

L’HISTOIRE :

Dehors, il neige (la même neige que le générique).
Un jeune homme du nom de « Edward » (Johnny Depp) fut un jour créé par un inventeur très ingénieux, vivant seul dans un sombre château.

Mais son inventeur, assez âgé, mourra avant d’avoir pu achever son œuvre.
Edward Scissorhands n’est donc pas un garçon ordinaire.

Il a reçu un cœur pour aimer, un cerveau pour comprendre.
Mais son concepteur est mort avant d’avoir pu terminer son œuvre et Edward se retrouve avec des lames de métal et des instruments tranchants en guise de doigts.

Le créateur n’a pas eu le temps d’achever sa créature, il a disparu avant, la laissant livrée à elle-même, avec ce qu’il a juste eu le temps de lui transmettre.

Dans les quelques flashbacks que Tim Burton décide de mettre en images, nous sont dévoilés les premiers souvenirs d’Edward.
Ses souvenirs se déroulent tous dans le mystérieux château de son créateur, qui cherche à inventer un robot à l’apparence humaine, doté d’un organisme entièrement vivant.
On le voit dans un long travelling qui balaye la “salle d’opération” : un courant d’air se prend dans les pages d’un livre qui illustre les différentes étapes de la création de cet homme artificiel.

Edward n’est pas « monsieur tout le monde », mais une personne simple intelligente et innocente, sorte d’Adam taciturne, aux grands yeux noirs, qui à eux seuls parviennent à animer ce triste visage pâle et parsemé de cicatrices.

C’est à partir de ce point précis que débute le récit d’Edward aux mains d’argent raconté par la grand-mère à sa petite fille.
Edward vit donc ainsi, tout seul dans ce mystérieux château jusqu’au jour où une femme nommée Peggy Boggs, résidant en banlieue et représentante en cosmétiques, poussée par la curiosité (mais également par le souhait de vendre ses produits de beauté) se présente à sa porte pour peut-être trouver un nouveau client.

Pegg trouve au pied du château un superbe jardin où toute la végétation est taillée, sculptée avec soin ; représentant des cerfs, un ptérodactyle, d’autres animaux et surtout, au milieu, une grande main ouverte.

Elle pénètre dans le château désert excepté tout un tas de machines poussiéreuses aux rouages démesurés.

Ce château représente l’isolement et la misère d’Edward, le château est gris, triste, abimé, inachevé, mais il renferme un somptueux jardin.
C’est un lieu habité par une âme très très pure : celle d’Edward.

Le château lui-même représente l’apparence “effrayante” d’Edward et le jardin, et bien, c’est son âme.
Pegg ne croyait pas si bien tomber, puisque dans cette vieille demeure a priori abandonnée, se cache dans un coin de la salle, ce jeune homme très timide portant des lames à la place des doigts, mais qui s’avère strictement inoffensif.
Voyant que le jeune homme vit seul sans avoir le moindre lien avec le monde qui l’entoure, Pegg décide de l’héberger chez elle, au sein même de son foyer situé au beau milieu d’un pâté de maisonnettes bien proprettes, où habitent des gens heureux et “sans histoires”, dans le “meilleur des mondes” :

Suburbia : petite bourgade paisible (Suburb signifie “banlieue” en anglais).
la lumière est matinale. On entend des chiens, des oiseaux qui gazouillent…

Les maisons sont toutes du même type, style préfabriqué bien net bien propre aux couleurs pastel…
Le voisinage arrose son jardin, retape son toit ou tond la pelouse… Tim Burton accentuera tout au long du film l’aspect « carré » (au propre et au figuré) de toutes ces maisons et de ses habitants : on verra plus tard les maris qui sortent leur voiture du garage, tous ensemble dans un même mouvement, pour aller au travail, etc.

Face à cette banlieue, le château mystérieux et fantastique de l’inventeur, semble très repoussant vu de l’extérieur.
Généreuse, Pegg donnera à Edward de vieux vêtements qui ont appartenu à son mari, Bill.

Car Pegg a un mari, Bill, et deux enfants : une ado, Kim et Kevin, un garçon de 12 ans.
La vie aurait pu continuer son cours tranquillement pour Edward si la jalousie et la crainte des habitants du quartier ne l’avaient pas bouleversée…

Des histoires, Edward en apportera en devenant le nouveau centre d’intérêt du village; d’abord accueilli à bras ouverts par toutes les dames de la résidence (Edward, fils d’un seul père, attire toutes les femmes d’un point de vue maternel, bien qu’une dimension sexuelle soit aussi présente), qui demeurent en pleine admiration devant ses talents de sculpteur, il finira par en être chassé, accusé d’être un voleur, un violeur et un dangereux maniaque …

Seule Kim (Winona Ryder), la jeune ado de la maison, dont il tombera amoureux, se laissera toucher : contrairement aux autres habitants de Suburbia, elle débute à peine sa vie et n’est pas encore pleinement intégrée aux rouages de la communauté des adultes.

Elle découvre petit à petit l’Âme d’Edward lorsqu’il séjournera chez ses parents, pour finalement l’apprécier, et l’aimer.

C’est alors au moment le plus palpitant pour elle, lorsqu’elle découvre la neige, et la sculpture qu’Edward est en train de réaliser, qu’elle comprend que c’est cet homme, énigmatique certes, atypique certes, mais d’une grande pureté, qui est celui qu’elle aimera à jamais, et elle lui offre son cœur.
(« Serre-moi », lui dit-elle tout bas, et Edward, ne sachant quoi faire de ses mains tranchantes, répond « Je ne peux pas »).
Ironiquement, ses ciseaux sont à la fois ce qui coupe Edward du monde extérieur, et ce qui le liera momentanément à une société qui le considérait avec circonspection : il devient un coiffeur pour chiens émérite, puis coiffeur tout cour, et très courtisé, ce qui finalement le blessera corps et âme.

Car malheureusement, la tragédie arrivant, (Edward blessera sans le vouloir un habitant agressif du village amoureux de Kim et jaloux de lui) la communauté du village liguée contre lui, séparera les amoureux, et du fait de son jeune âge et du bouleversement qui habite son cœur, Kim restera muette et ne pourra que lui conseiller de fuir …

Elle comprendra alors que leur amour n’est pas possible, étant donné les “normes” de la société.
Par la suite, elle le retrouvera au château. Là, elle lui livrera son amour et tous les deux s’y réuniront, et y danseront en amoureux, malgré le fait que la société ne puisse tolérer leur union en son sein.

Après les adieux de Kim, Edward retrouvera sa solitude, mais se mettra alors à sculpter pour l’éternité l’image d’une Kim en glace, dansant sous une pluie de neige …
.
Décryptage
Un chateau sombre au milieu de maisons colorés et pelouses parfaitement alignées.
Comment ne pas reconnaitre la patte du génie qu’est Tim Burton, qui nous embarque ici, dans son film le plus juste et le plus poétique, s’appuyant sur des thèmes aussi fort que l’acceptation d’autrui et de sa différence ?

Le cinéaste joue sur les préjugés et les contrastes, fait passer les gentils pour les méchants et vice versa.
Sans faire un conte mélodramatique, il met en scène une fable pleine d’humour et de bon sens, des situations rocambolesques et inattendues dans lesquelles évolue son personnage, jamais effrayant malgré les apparences et totalement perdu dans un monde dans lequel personne ne prend la peine de lutter contre les standards qu’impose la société.

C’est par le cliché que Burton s’exprime, s’appliquant à détruire tout les fondements soit disant logiques, mais emplis d’inhumanité de la société.
Le seul être vraiment humain est ici celui qui ne l’est pas, car sa marginalité l’a sauvé des codes qu’on impose.
Johnny Depp trouve ici l’un de ses plus beaux rôles et révèle tout son talent dans l’interprétation d’un être perdu et vulnérable, accompagné d’une Winona Ryder touchante.

Le tout admirablement servi sur l’une des plus belle musique de cinéma, signée par le fidèle compositeur de Burton, Danny Elfman.
Une splendeur de Poésie …
RECOMPENSES
DIDIER (Film de Alain CHABAT – 1998) avec Jean Pierre BACRI et Alain CHABAT
‘DIDIER’ est un film comique français réalisé par Alain CHABAT sorti en 1997.

Le réalisateur a reçu, pour ce film,
le César de la meilleure première œuvre en 1998.
L’histoire
Jean-Pierre, agent de football qui traverse une mauvaise passe, a accepté de mauvais gré, la corvée de garder Didier, le chien d’Annabelle, une amie journaliste de cinéma.

Au cours de la première nuit, pendant un violent orage, le brave labrador est transformé en être humain, du moins en apparence car psychologiquement, Didier est toujours un chien et il n’a absolument rien perdu de ses réflexes d’animal à quatre pattes !
Aux prises avec Richard, le patron du club de football qui l’emploie, Jean-Pierre n’avait vraiment pas besoin de ce “problème” supplémentaire en plus de ses soucis avec ses joueurs vedettes (Fabrice et Baco) gravement blessés juste une semaine avant un match très important contre le PSG.

Et pourtant, cette corvée va l’entraîner dans la plus hallucinante des aventures, où son pire cauchemar risque bien d’être la chance de sa vie.
Car de façon inattendue et cocasse, Didier, va alors l’aider et remplacer “au pied levé” mais de façon extraordinaire, les joueurs blessés …
Tout le monde sait, qu’un chien “ça rapporte parfaitement la baballe” !
Un véritable talent que Jean-Pierre va très intelligemment mettre à son profit.

Mais la véritable mission de Didier sera surtout de réconcilier Jean-Pierre avec sa petite amie Maria.

DISTRIBUTION
Jean-Pierre Bacri : Jean-Pierre Costa
Alain Chabat : Didier
Isabelle Gélinas : Maria
Caroline Cellier : Annabelle
Chantal Lauby : Solange
Josiane Balasko : Madame Massart
Elliot : Didier (le Labrador)

ANALYSE

Avec un scénario totalement délirant, Didier est un vrai délice à regarder : Véritable chef d’oeuvre en matière de divertissement, ce film est merveilleusement interprété par Alain CHABAT (Les Nuls) qui se met dans la peau d’un chien de façon hallucinante !

On y croit vraiment !
De l’originalité et de l’irréalisme ne peuvent pas faire de mal quand on n’en abuse pas.
C’est vraiment le cas avec ce film désopilant, et ce chien qui se transforme en homme.
(Mais quelle idée géniale
)

C’est complètement hilarant, et le duo BACRI-CHABAT est excellent et fonctionne à merveille.

Si cette métamorphose ne peut se produire dans notre vie réelle, l’irréalisme et le côté fantastique de ce film ne lasse jamais, car il est fort bien interprété, et ce n’était sans doute pas une mission facile que de jouer de façon aussi “véridique”, le rôle d’un chien !
Une comédie française devenue culte …
Le réalisateur-acteur Alain CHABAT, montre une fois encore tout son talent en introduisant en France ce type de comédie, au style américain de par son mélange des genres, entre humour et Science -Fiction.

BACRI quant à lui, “fait du BACRI” et c’est juste énorme !
A voir et à revoir
GARDE à VUE (Claude Miller – 1981) avec Lino VENTURA, Michel SERRAULT et Romy SCHNEIDER
Garde à vue est un film français de Claude MILLER, sorti le 23 septembre 1981
avec : Michel SERRAULT, LINO VENTURA, ROMY SCHNEIDER et (la future chanteuse) ELSA
L’HISTOIRE
CHERBOURG 1981 : Le corps d’une fillette, tuée puis violée, a été retrouvé dans les dunes.
Huit jours plus tôt, dans la même région, une autre fillette avait également été tuée et violée, apparemment par la même personne.
CHERBOURG, six semaines plus tard, le soir de la Saint Sylvestre : L’inspecteur Antoine GALLIEN (Lino Ventura), secondé par son adjoint BELMONT (Guy Marchand), reçoit au commissariat un notable local, Jérôme MARTINAUD (Michel Serrault), notaire .
MARTINAUD, en effet, connaissait bien l’une des fillettes, et un certain mystère plane sur sa vie privée.
Un huis-clos oppressant et implacable va alors commencer…
L’inspecteur GALLIEN croit d’abord ne pas avoir affaire au meurtrier mais l’attitude ambiguë de MARTINAUD, dont la colère monte au fur et à mesure que des indices s’accumulent contre lui, le fait changer d’avis : de témoin, il devient suspect et GALLIEN le met finalement en garde à vue.

GALLIEN est cependant gêné par l’absence totales de preuves qui accableraient MARTINAUD, et en fait part à son supérieur.
MARTINAUD sera interrogé sans relâche toute la nuit et même passé à tabac par BELMONT que GALLIEN refusera de dénoncer à ses supérieurs.
L’arrivée de la femme de MARTINAUD (Romy Schneider) va grandement semer le trouble : Elle déteste visiblement son mari, qui, selon elle, a un penchant inconvenant pour les enfants, et elle se dit prête à fournir à l’inspecteur un indice accablant son mari pour l’un des meurtres.
Etant mis au courant de cette intervention de son épouse, MARTINAUD craque alors, et, à bout de force, ”raconte” enfin les meurtres en disant à GALLIEN tout ce que celui-ci veut entendre.
Mais un coup de théâtre final survient : le véritable meurtrier est arrêté grace à des preuves (vêtements des 2 fillettes) retrouvées dans sa voiture, et avoue.
GALLIEN relâche MARTINAUD qui malgré ses aveux extirpés est finalement innocent.
MARTINAUD, avant de quitter le commissariat, demande à GALLIEN s’il aurait-il fait témoigner CAMILLE, (Elsa) la petite fille citée par son épouse, à qui, selon elle, MARTINAUD aurait, un jour, parlé de façon “séductrice”.
GALIEN fait mine de ne pas comprendre.
MARTINAUD sort et retrouve dans sa voiture sa femme, qui s’est suicidée après avoir assisté à la découverte qui a complètement innocenté son mari.
On comprend alors qu’elle a délibérément menti pour le faire accuser, suite à une mésentente du couple.
Le film se clôt sur le visage consterné de GALLIEN.
Récompenses (1982)
César du meilleur scénario : Claude Miller, Jean Herman et Michel Audiard
César du meilleur acteur : Michel Serrault
César du meilleur second rôle masculin : Guy Marchand
César du meilleur montage : Albert Jurgenson
Grand prix du cinéma français Louis Lumière
DECRYPTAGE
Garde à vue : le sommet du huis clos
Garde à vue est un polar qui prend la parole et en fait un scalpel éclaboussant.
Au cœur de ce huis clos situé quelque part en France dans les bureaux de la PJ une nuit de la Saint-Sylvestre, Jérôme Martineau, notaire, interprété par Michel Serrault, s’escrime contre l’inspecteur Gallien (Lino Ventura) a démontrer son innocence. Appelé à témoigner sur le viol et l’assassinat de deux fillettes, le notable cynique mais sans histoire se transforme peu à peu en suspect numéro un.
L’enquête en elle-même, n’est en fait qu’un formidable alibi pour visiter les arrières-cuisines d’une petite bourgeoisie de province dévorée par sa médiocrité, sa mesquinerie et son vide humain.
Miller filme simplement l’humiliation de Jérôme Martineau tandis qu’Audiard le fait parler, sous la lumière blanche de l’investigation policière.
Le hiatus langagier et psychologique où s’opposent Martineau et Gallien, chacun « poursuivant son histoire », porte le film à un niveau exceptionnel de tension, triple palier qui peint à la fois une affaire criminelle, une société viciée et le cœur d’un homme anéanti par le désenchantement conjugal.
C’est peu dire que Michel Serrault est éblouissant dans Garde à vue.
Aucun superlatif ne peut décrire son jeu sinon celui qui rendrait le verbe, les accents et les silences qu’Audiard lui met dans la bouche.
Césarisé meilleur acteur en 1981 (une nouvelle fois après La Cage aux folles de Molinaro, 1978), le comédien tirait ici un trait définitif sur un certain confinement burlesque.

Bien qu’il ait déjà fait la preuve d’une immense épaisseur dramatique, celui qu’Audiard baptisera « le plus grand acteur du monde » semble bien renaître au cinéma sous un nouveau jour avec Garde à vue.
Serrault a tourné alors dans plus de quatre-vingts films, mais la pellicule lui est ouverte dorénavant aux Fantômes du chapelier (C. Chabrol, 1982), à Docteur Petiot (Christian de Chalonge, 1990), à Nelly et Monsieur Arnaud (C. Sautet, 1995) et même au terrifiant Assassin(s) de Mathieu Kassovitz (1996).
Tant et si bien que Lino Ventura, pourtant aussi écrasant qu’à l’ordinaire, semble ici fonctionner — à merveille — comme une enzyme de la métamorphose de Serrault.
Le rôle du flic sans illusion, pragmatique, poursuivant obstinément sa proie sans céder à la compassion, est taillé comme une lentille oculaire, braquée sur les fissures de Jérôme Martineau.

En ce sens, le personnage de l’inspecteur Gallien est peut-être un faire-valoir, mais aussi un admirable dispositif de ponctuation.
Ventura joue la virgule, le point d’interrogation, la note en bas de page, l’alinéa, avec une simplicité, une humanité, une puissance physique que seul cet acteur pouvait composer dans une telle densité.
Un fantôme…
Et puis il y a l’apparition spectrale de Romy Schneider (Chantal Martinaud), plus émouvante que jamais, qui, tout en conduisant insidieusement l’inspecteur vers ce qu’on appellerait aujourd’hui “la piste pédophile”, règle ses comptes avec un mari qu’elle n’aime plus.

L’introduction en flashback du personnage de Camille (Elsa) est une des trouvailles de ce récit : non seulement elle accentue la présomption de culpabilité pesant sur Maître Martineau, non seulement elle justifie au public la répugnance que la femme éprouve à son endroit, mais elle perce une nouvelle brèche dans l’identité affective des deux personnages.

La pénombre, le non-dit, nous entraînent vers un malaise inquiétant que le regard de Romy Schneider magnifie.
Au fond, sans tambours ni trompettes, et souvent d’une drôlerie cathartique, Garde à vue est un film sur la gangrène sociale, la corrosion implacable des passions individuelles par les passions collectives.

Un film sur la désillusion et l’asphyxie morales.
Noir, très noir, irrévocablement, et magnifique !
LA NUIT DU CHASSEUR (Film de Charles Laughton – 1956)
La Nuit du chasseur (titre original : The Night of the Hunter) est un film américain réalisé par Charles Laughton en 1955.
Scénario : James Agee et Charles Laughton d’après le roman éponyme de Davis Grubb (1953)

SYNOPSIS
Lors d’un court séjour en prison, le séduisant pasteur Harry Powell , manipulateur et misogyne fait connaissance de son compagnon de cellule Ben Harper, un homme désespéré qui, pour sauver sa famille, a commis un hold-up et assassiné deux hommes.
Par grande détresse dûe au chômage et à la misère de l’Amérique des années 30, il a commis un braquage qui a mal tourné et tué deux policiers.
Il a été arrêté dans son jardin ou il a caché “in extrémis”, l’argent du magot dans une poupée en chiffon appartenant à sa fille.
Il aura juste le temps de révéler la cachette à son fils John.
Powell cherchera en vain à faire dire à Harper où se trouvent les 10 000 dollars dérobés, mais celui-ci ne cèdera pas.
A sa sortie de prison, le prêcheur fanatique se rendra chez la veuve de Ben Harper, qui, condamné à mort, a été pendu.
Il se fera très vite adopter par la communauté de cette petite ville, et Willa Harper en tombera amoureuse.
Très rapidement sa petite fille Pearl l’aimera presque comme un père.
Willa Harper ne tardera pas à épouser l’homme d’Église, ne sachant pas que ce dernier ne désire qu’une chose : faire dire à ses enfants, John et Pearl, l’emplacement du magot.
Un soir, il tuera Willa, la mettra dans une voiture, puis coulera celle ci dans la rivière.
Les enfants, prendront alors peur, se cacheront d’abord dans la maison puis s’enfuieront à bord d’une barque ou le pasteur les poursuivra, à cheval, toute la nuit …
Sales, et affamés ils finiront par faire une heureuse rencontre : Madame Cooper qui s’occupe d’enfants abandonnés, et qui les gardera.
Mais le pasteur les traque toujours, et en ville, fera la rencontre d’une adolescente connaissant la famille Harper. Il la séduira afin de la mettre en confiance et ainsi, grace à elle il retrouvera la trace des enfants.
Il se rendra finalement chez Madame Copper femme forte et indépendante comprenant le danger en le voyant, et qui protègera les enfants envers et contre tout. Elle menacera Powell avec un fusil, et finira par appeler la police.
Le pasteur sera finalement arrêté, laissant désepérée, la jeune adolescente amoureuse.
Décryptage
Réalisé en 1955, La Nuit du chasseur fut le seul film de l’acteur anglais Charles Laughton.
Échec commercial, peu commenté par les critiques de l’époque, ce premier film fit peu à peu parler de lui au fil des années pour finalement devenir ce qu’il est aujourd’hui : un chef d’œuvre incontournable et bien plus complexe qu’il n’y paraît.
Sous son apparente féerie, ce conte adapté du roman de Davis Grubb est d’une noirceur rarement égalée.
Réputé pour être difficilement définissable, il est clair que La Nuit du chasseur a su bouleverser bien des genres, à commencer par le cinéma de “suspense”
Non, ce n’est pas de ces long-métrages qui tentent de faire sursauter le spectateur à outrance mais un film qui terrifie psychologiquement par la présence d’un des personnages les plus glaçants de l’histoire du cinéma : Harry Powell, un Pasteur très intelligent et incroyablement manipulateur.
Ce rôle, c’est Robert Mitchum qui l’arbore fièrement, livrant une performance bluffante : Mitchum ne joue pas le Père Harry Powell, il est le Père Harry Powell, faisant exploser la dose de suspense à chaque nouvelle apparition, aidé de sa voix rauque et de ses chants.
L’affrontement eschatologique entre Rachel Cooper et Harry Powell est celui du bien exercé quotidiennement et sans bruit par une humble croyante et du mal absolu qui s’est glissé dans la robe du saint, opposition qui est symbolisée dans la scène où ils chantent ensemble la chanson Leaning on the Everlasting Arm, dont le révérend Powell oublie des mots.
Cette angoisse permanente que provoque Robert Michtum est rendue omniprésente par la sublime photographie de Stanley Cortez, aussi sombre que belle, et les décors qui constituent une atmosphère vraiment prenante accompagnés par la musique de Walter Schumann.
Le scénario est sans conteste un des des plus aboutis de l’histoire du cinéma, et il est rendu encore plus excellent par une mise en scène en béton, qui fait de cette chasse à l’enfant, une course poursuite haletante et, osons les grands mots: Titanesque
D’autant plus titanesque que les protagonistes sont des enfants de 10 et 6 ans, des êtres vulnérables qui nous entrainent avec eux dans l’histoire.
Du début à la fin, on est de tout coeur avec eux.
Filmé du point de vue du petit John Harper, La Nuit du chasseur est une œuvre forte sur la fin de l’ innocence qui caractérise les dernières années de l’enfance.
John, même pas dix ans, est contraint par les événements d’agir en adulte car ces mêmes adultes qui peuplent l’univers de Laughton sont totalement défaillants, voire démoniaques
La Nuit du chasseur est considéré par les cinéphiles du monde entier, et toutes les écoles de Cinéma, comme l’un des plus grands films de tous les temps.
MOURIR D’AIMER film de André Cayatte (1971) avec Annie GIRARDOT
MOURIR D’AIMER
est un film d’André Cayatte d’après son roman éponyme …

Cette histoire est tirée d’un fait divers réel : L‘affaire Gabrielle Russier, professeur amoureuse d’un de ses eleves que l’opposition des parents du jeune homme a acculée au suicide.
Elle, Gabrielle Russier, 32 ans, agrégée de lettres, divorcée, deux enfants, professeur au lycée Nord de Marseille.

Lui, Christian, 17 ans, aîné de trois enfants, élève de seconde au lycée Nord de Marseille.
Gabrielle a su établir avec les adolescents un dialogue qu’ils apprécient.
Elle a formé un petit cercle de « fans » privilégiés. Christian est du nombre.
Du débat public, ils passent irrésistiblement aux conversations intimes et tombent amoureux.
Quand ils l’apprennent, les parents de Christian tentent d’éloigner leur fils mais les amants se rejoignent toujours. (Attirance de “l’interdit” … !)
Ils finiront par porter plainte pour détournement de mineur.
Christian a 17 ans et dans quelques mois seulement il atteindra l’âge de la majorité légale pour “aimer”, mais non “administrative” qui était encore de 21 ans à l’époque …
Gabrielle est arrêtée puis relâchée après trente-six heures de détention.
Mais elle continue à voir Christian.
Le 14 avril, elle est emprisonnée aux Baumettes.

Elle en sort le 14 juin et passe en jugement le 11 juillet. Verdict : douze mois avec sursis.
La peine entre dans le cadre de la loi d’amnistie mais le procureur de la République intervient pour demander treize mois non amnistiables.
Gabrielle est désespérée. Par ailleurs, avec le temps, la détermination de Christian s’est considérablement émoussée…
Alors la brillante intellectuelle, la mère raisonnable disparaissent pour laisser la place à une jeune femme qui aime à en mourir.

Le 1er septembre 1969, son voisin, qui a senti une forte odeur de gaz, pénètre dans sa maison et découvre son cadavre.
De ce terrible fait divers de l’année 1969 a été adapté un grand film admirablement interprété par Annie Girardot …
Les lieux et le nom des personnes ont été modifiés, mais l’histoire reste scrupuleusement la même

SYNOPSIS
Danielle Guenot, 32 ans, divorcée avec deux enfants, est enseignante dans un lycée de Rouen. Elle connait avec ses élèves l’exaltation de mai 1968. Avec l’un d’eux, Gérard, 17 ans, elle noue une relation amoureuse et profonde. Les parents du jeune homme, qui affichent pourtant des idées libérales, accusent Danielle de détournement de mineur. La justice se met en branle, Danielle est emprisonnée, Gérard envoyé en hopital psychiatrique …
DECRYPTAGE
Annie Girardot, sobre, digne, bouleversante d’émotion et de rage contenue, interprète le rôle de Danièle Guénot.

Le drame relaté est complètement conforme à la vraie histoire.
Ancien avocat devenu réalisateur passionné par les thèmes de la justice et de l’injustice, André Cayatte se livre à travers ce film à une charge féroce des institutions de l’époque.

Au nom d’un certain ordre moral encore dominant, et malgré Mai 68 et ses promesses de liberté en tous genres, les noms de la justice, de la police, de la psychiatrie et de la prison s’allient et s’acharnent sur l’enseignante, mère de deux enfants.
Sans doute l’un des plus beaux rôles d’Annie Girardot.
Etendard flamboyant de cette tragédie passionnelle et sociale, l’actrice campe avec un naturel éblouissant une jeune femme du peuple écrasée par la société, une rebelle malgré elle, forcée à rentrer dans le rang quel qu’en soit le prix.

Un drame qui laisse sur les rotules par ce qu’il a de tellement représentatif de la société de l’après mai 68.
“Mourir d’aimer” traite des conséquences des amours entre une professeur de littérature et de son jeune élève de 17 ans.
Amoureux fous,ils défieront leur entourage,les conjureront d’accepter cette liaison saine, mais cela revient à se battre contre des moulins à vent.
Condamnés à plier devant la bêtise humaine, ils seront tour à tour enfermés en prison et à hôpital psychiatrique …
A voir ou à revoir pour la performance de Annie Girardot, ainsi que pour la cruauté et la crudité du contenu.
NB : Ce film qui a grandement contribué à installer le “mythe Girardot” a également inspiré à Charles Aznavour l’une de ses plus belles chansons :”Mourir d’aimer”.
ANNIE GIRARDOT
Très grande actrice de sa génération, femme extrêmement touchante, et surtout, tant de beaux films à son actif …

Née en 1931 dans le Xe arrondissement de Paris, et décédée le 28 février 2011, Annie Girardot voulait devenir infirmière. Après guerre, elle fait donc des études d’infirmière à l’université de Caen (Calvados).
Mais, très vite, elle abandonne pour entrer au conservatoire de la rue Blanche, en 1949. L’année suivante, elle fait quelques apparitions en tant que figurante dans des petits films.

Elle sort du conservatoire en 1954, auréolée de deux prix d’excellence, et entre à la Comédie française. Jean Cocteau voyait en elle «le plus beau tempérament dramatique de l’après-guerre».

Petite femme très parisienne aux cheveux courts à la voix voilée, de grands yeux emplis d’émotion, instinctive, elle se mettait au service de comédies et de drames, au cinéma comme au théâtre.

Elle a joué dans des films de Luchino Visconti, Marcel Carné, Jean Delannoy, Gilles Grangier, ou face à Jean Marais ou Philippe Noiret. Elle tourne deux à six films par an jusqu’à la fin des années 1970, passant du rire aux larmes avec grâce.

En 1977, elle reçoit le César de la meilleure actrice pour «Docteur Françoise Gailland», avant d’être boudée par la Nouvelle Vague, notamment par François Truffaut, très critique à l’égard de son rôle de Gabrielle Russier dans «Mourir d’aimer».

Cinéma comme théâtre se détournent de la comédienne, qui tourne peu entre 1986 et 1995, année où Claude Lelouch lui donne un rôle dans «les Misérables». Elle y incarne une brillante Mme Thénardier.
La cérémonie des César en 1996 est l’une des plus émouvantes. Annie reçoit le prix de la meilleure actrice dans un second rôle, et lance, des sanglots dans la voix : « Je ne sais si j’ai manqué au cinéma mais le cinéma français m’a manqué… follement… éperdument, douloureusement. Votre témoignage, votre amour, me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte».

En 2002, elle obtient le même César pour son interprétation de la mère étouffante d’Isabelle Huppert dans «la Pianiste» de Michael Haneke.
Quatre ans plus tard, son avocat révèle qu’elle souffre de la maladie d’Alzheimer.
Celle-ci oeuvre malheureusement si bien que sa fille Giulia révèlera qu’elle ne se souvient pas d’avoir été actrice, et suppliera presque de la laisser en paix.
« Si j’ai un message à faire passer, c’est de ne plus essayer de rencontrer Annie Girardot, d’avoir une dernière photo…

Si vous avez aimé maman, surtout, il faut lui foutre la paix, garder d’elle une belle image».

Patrick DEWEARE – UN MAUVAIS FILS (film de Claude SAUTET – 1980)
L’histoire
Bruno Calgagni (Patrick Dewaere) rentre en France.
Toxicomane, parti six ans plus tôt pour les États-Unis, il y a purgé une peine de cinq ans de prison pour trafic d’héroïne.
Il souhaite effacer son passé, mais ne cesse de penser à sa mère morte durant sa détention.

Il décide de revoir son père ouvrier de chantier mais celui-ci n’est pas très accueillant, l’accusant d’être responsable de la mort de sa mère.
Bruno travaille d’abord comme manutentionnaire dans des conditions très difficiles et à mesure qu’il avance vers une ressocialisation et tente de ré-apprivoiser lentement son père, les personnages secondaires, viennent enrichir considérablement un scénario simple et dépouillé à la base.

Par exemple le réalisateur se penche sur l’immigration tandis que Bruno travaille ‘au noir’ sur un chantier.
“Vous êtes français ? Ouais, bah il va falloir bosser comme les autres.” lui dit-on tandis qu’on l’embauche sans le moindre entretien. Une réplique apparemment anodine mais qui suffit à évoquer toute une situation : l’exploitation des immigrés, aussi nombreux que démunis.
Son contrat terminé il trouve un emploi dans une librairie …

Alors sont abordés finement le thème de la drogue, dont Bruno semble être parvenu à se dépêtrer, ce qui n’est pas le cas de Catherine, libraire avec laquelle il travaille au milieu du film, campée par une très bonne Brigitte Fossey, tout en sensibilité et en douleur contenue. Là encore, seuls quelques plans muets qui voient Bruno tomber sur une seringue au fond d’un tiroir suffisent à nous figurer la fragilité de Catherine vis-à-vis de la drogue, la jeune femme semblant prête à y re-basculer violemment à tout moment.

L’homosexualité et la discrimination qui va souvent de paire sont quant à elles évoquées à travers le personnage du libraire extraverti mais secrètement meurtri qu’incarne un magnifique Jacques Dufilho donnant vie à un personnage clé incarnant une légèreté et un optimisme auxquels tous les personnages se raccrochent, alors qu’ils sont en réalité bien fragiles, masquant une mal-être très touchant…

Tout cela prouve de manière imparable que Sautet sait poser un regard large et lucide sur son temps. Sans même qu’il l’ait prévu, son film apparaît presque universel dans la mesure où les problèmes qu’il évoque en 1980 sont toujours d’actualité.
Mais comme son titre l’indique, “Un mauvais Fils” demeure avant tout le récit d’une lente et tortueuse redécouverte entre un jeune homme et son père.
L’évolution du personnage de Bruno est saisissante.

Sortant de cinq ans de pénitencier aux Etats-Unis, il retourne chez son père René, à Paris, avec un besoin d’affection et de soutien gros comme lui.
Mais force est de constater qu’il n’est pas au bout de ses peines, puisqu’il découvre un homme aigri par le décès de son épouse et se rattachant à quelques habitudes afin de ne pas se sentir vieillir, telles que celle de coucher avec l’ex-meilleure amie de sa femme.

Il faudra donc au personnage une sorte de long détour, au contact des autres, pour revenir finalement au chevet de son père.
N’allez pas vous imaginer un quelconque parcours initiatique ou je ne sais quoi, puisque cette réadaptation de Bruno à la sensibilité d’autrui s’opère de rencontres hasardeuses et maladroites (tandis qu’il tente une relation presque fraternelle avec son propre géniteur, qu’il veut emmener voir des prostituées) et ces étapes s’enchaînent avec calme et sensibilité, filmées et jouées avec beaucoup de pudeur et de naturel…
Jusqu’à cette fin, typique de Sautet du fait qu’elle ne résout pas totalement les choses et se contente de filmer des retrouvailles dont il ne tient qu’à nous de dire si elles vont constituer un nouveau départ ou non.
Mais on peut être à peu près sûr que, si René vieillit à vue d’oeil et pas forcément très bien (problèmes de santé, alcoolisme naissant), Bruno sera prêt à inverser momentanément les rôles, revêtant celui de père dont il a mis tant de temps à percer la nature fondamentale : un père est là pour soutenir et pour faire avancer son enfant dans le bon sens.
Le cinéaste offre ici à Patrick Dewaere et Yves Robert de magnifiques rôles
à contre-emploi.
Il demande au premier de raser son éternelle moustache, peut-être pour lui ôter cette pseudo marque de virilité adulte et le plonger ainsi au maximum dans la peau d’un personnage de 29 ans, démuni et en quête de “reconstruction” de lui-même.

Le second quitte le registre comique auquel il avait habitué le public pour exceller littéralement dans un rôle difficile à cerner, qu’il incarne avec une admirable retenue.
Avec
Patrick Dewaere : Bruno Calgagni
Yves Robert : René Calgagni
Brigitte Fossey : Catherine
Jacques Dufilho : Adrien Dussart
Claire Maurier : Madeleine
DECRYPTAGE
Bruno n’est pas “Un mauvais fils” mais un ècorché vif … Impulsif, secret, douloureux, démuni, Patrick Dewaere, dans ce rôle, est extraordinaire.
S’il èlève (par exemple) la voix sur son père, la note est juste, pas trop forte, totalement réinventée. C’est ce qu’on appelle le “non-jeu” . Mais pour arriver à cela, il faut une vraie expérience humaine …
Il fallait un homme comme Dewaere pour comprendre la démarche de Claude Sautet qui se projette complètement sur lui. il a imaginé ce jeune homme qui revenait d’ailleurs et cherche à se reconstruire.

Patrick avait, en plus de cette force, une fragilité enfantine extrêmement romantique, si bien que Sautet pensait qu’il était un peu bohème de nature, et n’imaginait pas un instant qu’il était aussi disciplinè dans le travail ni qu’il pouvait faire preuve d’une telle rigueur.
Et puis il y a autre chose à propos du personnage de Bruno, c’est sa morphologie, délicate, avec cette peau très fine, presque transparente … Sautet décide d’ailleurs de le filmer de manière très épurée avec beaucoup de plans dans lequel Patrick ne bouge presque pas, ce qui est peu fréquent dans ses autres films…

Le cinéaste souhaitait saisir ce regard qui se veut vide … mais qui ne l’est pas ! On le voit clairement sur l’affiche du film d’ailleurs … Quelques scènes sont superbes comme ce fameux plongeon à Luc-sur-Mer ou Dewaere, qui respire la santée et la joie de vivre, n’hésite pas à sauter tout nu dans une mer froide …

Intuitivement, Patrick sait déjà, que ce “Mauvais fils” aura du succès, qu’il tient là un grand, très grand rôle…
il avait raison, ce film chaleureux est une merveille avec ses personnages sincères dans leur désarroi pathètique…
Un très très grand film
Patrick DEWAERE, cet écorché vif …
Acteur français né Patrick Jean-Marie Henri Bourdeau le dimanche 26 janvier 1947 à Saint-Brieuc, en Bretagne, c’est le troisième enfant d’une famille qui en comptera six. Patrick Dewaere a une enfance plutôt difficile. Il n’aime pas l’école, même s’il tentera de passer son bac trois fois de suite. Il est souvent raillé comme la petite star du cinéma car, comme ses frères, Patrick tient, dès son plus jeune âge, quelques rôles sous le nom de Patrick Maurin (nom de sa mère ).
Il débute au cinéma dès 1951 dans “Monsieur Fabre”. Il n’a alors que quatre ans.
En 1967 il obtient enfin un des premiers rôles dans le feuilleton télévisé “Jean de la tour miracle” (qui rencontre un certain succès).
Toujours en 1967, il devient pensionnaire, puis ” sociétaire ” en 1968, du Café de la Gare avec Coluche, Romain Bouteille, et Miou-Miou… où il joue pendant plus de dix ans dans différentes pièces de théâtre.
C’est pendant cette période qu’il veut faire table rase de son passé de “comédien embourgeoisé” lorsqu’il apprend à l’age de 20 ans, qu’il n’a pas le même père que ses autres frères et sœur.
Il décide alors de prendre un autre nom de scène et choisi le nom Dewaere, patronyme de son arrière-grand-mère maternelle, pour se différencier de la troupe Maurin, dont il ne se sent en fait qu’un numéro.
A la fin 1972, Bertrand Blier cherche de nouveaux acteurs, pour l’adaptation au cinéma de son roman “LES VALSEUSES” (1974). Il choisit d’abord Gérard Depardieu et Miou-Miou, puis, sur leurs conseils, Patrick pour tenir les rôles principaux.
Ce film le propulse au rang de star” à part entière.
Néanmoins, après cet énorme succès, Patrick Dewaere reste curieux d’expériences stimulantes. C’est pourquoi il accepte de tourner dans des films à moindre budget, mais emplis de poésie comme “Lily aime moi ” (1975) et “F comme FAIRBANKS” (1976) de Maurice Dugowson dont il fait la musique. Il accepte également de donner une première chance au jeune réalisateur Claude Miller en interprétant “a meilleure façon de marcher”, (1976) ou “La marche Triomphale” (1977) de Marco Bellocchio où il prouve encore son horreur du conformisme.
Car Patrick Dewaere excelle dans les rôles de perdants et de marginaux qu’il sait rendre attachants grace à sa très grande sensibilité.
Il interprète des rôles dans lesquels il peut se glisser instinctivement. Parfois, il refuse ouvertement certains scénarios qu’on lui propose, ce qui ne plaît pas beaucoup aux majors du cinéma.
Les personnages qu’il interprète sont souvent meurtris mentalement, même si le public le préfère dans des rôles de héros positif.
En 1977, il achève de convaincre le public de son talent, avec “LE JUGE FAYARD DIT LE SHÉRIF ” (1977) d’Yves Boisset. Il tourne ensuite dans “COUP DE TÊTE” (1979), “SÉRIE NOIRE” (1979 avec Marie Trintignant ) , films qui obtiennent un véritable succès auprès du public.
Mais en 1980, juste avant la sortie du film “UN MAUVAIS FILS” de Claude Sautet, Patrick confie sans crainte, à son ami Patrice de Nussac (un journaliste du Journal du dimanche) la date qu’il veut garder secrète de son futur mariage avec Elsa, la mère de sa seconde fille Lola.
Le journaliste décide de ne pas garder pour lui le scoop et la nouvelle fait la une du journal. Trahi par celui qu’il considérait son ami, Patrick Dewaere le frappera d’un coup de poing. Par la suite l’acteur subira un véritable boycott de la presse, des médias et des producteurs qui hésiteront désormais à l’employer.
Il n’est alors plus jamais interviewé et, fait nouveau en France, son nom sera même supprimé du générique du film “Un mauvais fils”… !
Les journalistes très solidaires dans ce genre d’affaire soutiennent avec tous les excès et sans aucune mesure leur confrère et critiquent très fortement le film pourtant de grande qualité de Claude Sautet qui vient juste de sortir et les films qui vont suivre l’année suivante en 1981 … ”PSY”, “BEAU-PÈRE”, ou encore “PLEIN SUD “.
Ils évitent de parler de Patrick Dewaere dans leurs articles ou ne le cite qu’avec ses initiales (PD …)
Puis, sortent en salle des films comme“MILLE MILLIARDS DE DOLLARS” d’Henri Verneuil (1982) qui rencontre un très gros succès et un film pourtant tourné en 1979 “PACO L’INFAILLIBLE ” de Didier Haudepin.
Ces nouveaux films où il tient les rôles principaux, lui permettent de donner là encore la pleine mesure de son talent.
Le 16 juillet 1982, alors qu’il répète le rôle de Marcel Cerdan pour le film de Claude Lelouch “Édith et Marcel”, Patrick rentre seul à son domicile parisien, impasse du moulin vert , en début d’après-midi et en se mettant en scène face au miroir de sa chambre, se suicide en se tirant une balle de 22 long rifle dans la bouche.
C’est son domestique qui le découvre étendu vers 16 heures, et qui, affolé, se précipite chez la blanchisseuse de la rue du moulin vert pour lui demander d’appeller Police Secours, mais il est trop tard lorsqu’elle arrive.
Le vendredi 23 juillet, ses obsèques sont célébrées place Victor et Hélène Basch (Paris 14 ème) dans l’église Saint Pierre du Petit-Montrouge.
Le cercueil de Patrick Dewaere est porté par ses frères devant la foule.
L’inhumation a lieu un peu plus tard à Saint Lambert du Lattay (Maine et Loire).
Il avait seulement 35 ans et les raisons réelles de son acte demeurent inconnues.
Patrick Dewaere est décédé un mois avant la sortie en salle de son dernier film “PARADIS POUR TOUS” (août 1982) de Alain Jessua.
En 1992, dix ans après la mort de Patrick Dewaere, Marc Esposito, qui a souvent interviewé Patrick lorsqu’il travaillait pour le mensuel “Première” et avec qui il était devenu un “bon copain” décide de lui rendre hommage en présentant le film “PATRICK DEWAERE” en ouverture et hors compétition du Festival de Cannes 1992, dont le jury est présidé cette année là par Gérard Depardieu.
En effet, Patrick l’un des meilleurs acteurs de sa génération, n’a jamais été récompensé, malgré six nominations aux Césars …
Paradoxe, à ce jour, le grand prix des comédiens a été rebaptisé ”Prix Patrick DEWAERE” après s’être appelé pendant de longues années le “Prix Jean GABIN”.
L’équivalent pour les actrices demeure le prix “Romy Schneider”.
Patrick DEWAERE, humain trop fragile et acteur hors norme demeure à jamais une grande figure du Cinéma français et a laissé vacante une place immense, jamais réoccupée.
LE COCHON DE GAZA (Film de Sylvain Estibal- 2011)
NIAGARA … Film de Henry Hathaway avec Marilyn MONROE – 1953
Synopsis rapide
Ray et Polly Cutler sont en vacances à Niagara Falls.
Ils font la connaissance de George et Rose Loomis, un couple au bord de la rupture.
Rose annoncera la disparition de son mari aux Cutler et aura la désagréable surprise de reconnaître à la morgue le cadavre de son amant au lieu de celui de son mari comme elle s’y attendait …
DISTRIBUTION
Marilyn Monroe : Rose Loomis
Joseph Cotten : George Loomis
Jean Peters : Polly Cutler
Casey Adams : Ray Cutler
Denis O’Dea : l’inspecteur Starkey
Richard Allan : Ted Patrick
L’histoire
Ray et Polly Cutler arrivent aux chutes du Niagara pour une semaine de vacances.

Le logement où ils doivent résider est encore occupé par un couple, George et Rose Loomis.

Lors d’une promenade sur le site, Polly aperçoit Rose Loomis dans les bras d’un inconnu.
Le soir même à la résidence, George, dans un accès de colère, brise le disque que Rose est en train d’écouter, se blessant légèrement à la main.

Alors qu’il se fait soigner, sa femme en profite pour téléphoner, et demande à son interlocuteur d’agir.

Au matin suivant, Rose annonce la disparition de son mari au couple Cutler.
Tous les trois se rendent à la morgue, car le corps d’un homme a été retrouvé.
Rose est prise d’un malaise quand elle y reconnaît le corps de son amant, et on doit l’envoyer à l’hôpital.

Polly surprend George qui est revenu à la résidence, pour tuer sa femme adultère.
Elle le retrouve un peu plus tard, et celui-ci lui fait des difficiles confidences.

L’inspecteur Starkey qui est chargé de l’affaire informe Polly de la fuite de Rose.
Cette dernière sera finalement été étranglée par son mari qui prendra la fuite à bord d’un canot.

Il disparaîtra et mourra dans le tumulte des chutes.
Autour du film

Dans son ouvrage “Le Film noir”, Patrick Brion cite Henry Hathaway, qui déclarait à propos de Marilyn Monröe : “C’était une fille merveilleuse, merveilleuse… Sensible, timide, craintive.
C’est très curieux : aujourd’hui, les films ont toute la vulgarité qui était réservée aux peepshows, aux nickelodeons, et aux penny arcades.
Si vous vouliez voir une fille qui se déshabillait, vous alliez voir un peep-show.
Mais maintenant, elles le font dans tous les films !
Alors que Marilyn Monröe exprimait toute sa sensualité sans jamais se déshabiller dans une seule scène

Naissance d’un Mythe

Niagara sort dans les salles américaines le 21 janvier 1953.
Il s’agit d’une année décisive dans la carrière de Marilyn Monroe.

Même si elle s’est illustrée en 1952 dans le drame (Troublez-moi ce soir) comme dans la comédie (Chérie je me sens rajeunir de Howard Hawks), c’est avec ce film très sombre d’Henry Hathaway que la comédienne, qui incarne un personnage trouble, connaît son premier grand succès.

Quelques mois après Niagara, le 18 juillet 1953, sort une autre oeuvre-clé de sa carrière, sur un mode beaucoup plus léger, Les Hommes préfèrent les blondes, dans lequel elle chante le fameux Diamonds are a girl’s best friends. Toujours en 1953, les spectateurs retrouveront Marilyn dans une autre fameuse comédie, Comment épouser un millionnaire de Jean Negulesco.
EN BREF !

Niagara fait partit du gratin du film noir et doit être un des meilleurs films de son réalisateur Henry Hathaway.
Ici pas de flash-back habituel ouvrant le film et pourtant dès le milieu du film la fatalité propre au film noir semble s’enclencher aboutissant à un final prévisible mais complètement réussi.
M.Monröe, ici dans un des ses premiers grand rôles, trouve curieusement en rôle à contre emploi loin des blondes écervelés et naïves qu’elle interprétera dans ses plus grands succès.
Elle tient ici le rôle de la femme fatale, infidèle et machiavélique qui verra le destin se retourner contre elle, le physique sensuel n’est pas mis de côté mais le jeu est plus dépouillé.
Joseph Cotten interprète brillamment le mari a la psychologie complexe, jaloux et dérangé d’un côté, amoureux et gentil de l’autre, le personnage finira sa vie sur une touche de rédemption.
Viennent s’ajouter les bons seconds rôle Jean Peters et Casey Adams et bien évidemment le cadre magnifique de l’histoire : les chutes du Niagara.
Hathaway joue évidemment sur les ombres comme dans tout bon film noir qui se respecte et nous gratifie en plus de quelques plans superbes.
A noter aussi une bonne bande originale.
“Niagara” est une véritable merveille de film noir, le scénario est impeccable, sans faille, la réalisation glaciale, mais le film repose principalement sur l’interprétation des deux principaux comédiens.
Joseph Cotten, aussi vu chez Hitchcock est impressionnant et terrifiant, et pour ceux qui considèrent Marilyn, comme une vulgaire blonde écervelée, qu’ils regardent donc ce film où elle y est transcendante, la meilleure preuve de son talent.
Un très grand classique et un film parfait !
Johnny s’en va t’en Guerre (Johnny Got His Gun) Dalton TROMBO – 1971
“Johnny s’en va t’en guerre” (Johnny Got His Gun) est un roman publié en 1939.
Son auteur, Dalton Trumbo, en a réalisé un film sorti sur les écrans le
4 août 1971.
Il raconte l’histoire d’un jeune soldat qui est blessé par une mine durant la première guerre mondiale :
Il a été amputé des bras, des jambes et de toute une partie de son visage.
Il ne peut plus ni parler, ni entendre, ni sentir mais il reste conscient.
Dans la chambre d’un hopîtal, il tente désespérément de communiquer avec l’extérieur qui le croit inconscient, et se souvient de son histoire …
L’HISTOIRE
Joe Bonham (Timothy Bottoms) est un jeune Américain plein d’enthousiasme qui décide de s’engager pour aller combattre sur le front pendant la Première Guerre mondiale.
Au cours d’une mission de reconnaissance, il est gravement blessé par un obus et perd la parole, la vue, l’ouïe et l’odorat.
On lui ampute ensuite les quatre membres alors qu’on croit qu’il n’est plus conscient.

Se réveillant sur son lit d’hôpital, il se remémore son passé et essaie de deviner le monde qui l’entoure à l’aide de la seule possibilité qui lui reste : la sensibilité de sa peau.
Une infirmière particulièrement dévouée l’aidera à retrouver un lien avec le monde extérieur.

Lorsque le personnel médical comprend que son âme et son être sont intacts sous ce corps en apparence décédé, ils doivent prendre une décision médicale selon les valeurs et les croyances de l’époque.
Ils finissent par l’enfermer dans un placard pour le soustraire à la vue du monde …
Le film reste très discret au niveau des images.

Trumbo ne filme jamais les mutilations du personnage mais uniquement les parties saines de son corps.
L’histoire commence lorsque Johnny se réveille à l’hôpital alors qu’il s’imagine être encore dans une pièce obscure. Sa voix intérieure nous fait vivre la manière dont il se rend compte peu à peu de son infirmité.
Les scènes dans l’hôpital avec la voix intérieure alternent avec des scènes de souvenir et de rêve, mais lorsque l’on ne peut plus ouvrir les yeux, comment distinguer le rêve de la veille ?

Trumbo joue avec la pellicule afin de nous faire vivre ce que Johnny endure : noir & blanc pour la réalité ( l’hopital et les tranchées ), couleurs pour le rêve ( les souvenirs de Johnny et ses rêves ).

Très pessimiste, le film est par moment difficilement supportable, non pas en raison des images, mais de la prise de conscience de la véritable torture mentale que vit le personnage.
Il constitue un double manifeste, à la fois contre la guerre et pour l’euthanasie ( ou plutôt contre l’acharnement thérapeutique ).
En effet, c’est à la fois un puissant réquisitoire antimilitariste et une émouvante plaidoirie pour le suicide assisté : le « coup de grâce » (« blow of mercy » en anglais).
Ne possédant plus qu’une tête pensante, Johnny ne peut même plus se suicider, ce qui est pourtant la seule chose qu’il désire ardemment …
Il s’agit du seul film que Dalton Trumbo ait réalisé, d’après son roman du même nom d’où il a tiré le scénario.
Le film et le livre ont eu un impact important en raison de leurs dates de sorties.
Le livre fut publié pour la première fois le 3 septembre 1939, soit deux jours après le début de la Seconde Guerre mondiale, et il devint rapidement célèbre par son caractère ouvertement anti-militariste.


















































































































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